Acier et lumières


Les machines industrielles sont la face cachée de notre civilisation. En nous offrant son regard pictural sur ces monstres oubliés par le scintillement artificiel des écrans d’ordinateur, Bénédicte Petiet élève ces outils à leur pleine dimension d’objets. Si le vrai peintre est celui qui éduque le regard, comme le vrai poète est celui qui redonne un sens aux mots usés, alors Bénédicte est peintre.

Il y a d’abord la découverte et l’observation. Le dix-neuvième siècle, avec ses industries naissantes, le règne du charbon et des chemins de fer, a idolâtré le fer et l’outil. D’Eiffel à Zola, de Jules Verne à Monet, la vie exprimée par les cathédrales aériennes des architectures métalliques ou par la puissance mobile des locomotives à vapeur a été magnifiée. Mais nos civilisations contemporaines préfèrent les reflets superficiels des tôles de carrosseries d’automobiles, des rames de TGV ou le design des produits high-tech à la densité sourde du métal plein. Plus en profondeur, Bénédicte a aimé les machines industrielles nues et la brutalité de leur architecture complexe. Elle est allée à la rencontre de ces monstres, les a observés, palpés, photographiés, à la centrale Montemartini à Rome, dans les usines du groupe LISI ou ailleurs. Les concepteurs du musée de Rome ont compris combien la force extraordinaire – et la brutalité – contenues dans la statuaire romaine pourrait s’embellir de se voir confrontée à celle des immenses machines d’une usine électrique. Au marbre compact, répond le métal plein. C’est cette densité des métaux fondus, travaillés, usinés, courbés, que Bénédicte recrée sur ses toiles.

Là est le défi. Rendre palpable à l’œil cette matérialité du métal plein. Bénédicte a opté pour la manière des maîtres anciens. La couche d’apprêt et les glacis successifs permettent, techniquement, de donner l’impression que la lumière vient de la toile comme, dans la réalité, elle paraît sourdre du métal. Et l’aspect poli de la finition reprend le polissage des métaux.

Mais surtout, dans cette technique, la patience répond à la patience. L’humain est apparemment absent de ces peintures. Mais sa présence est partout perceptible. Les machines portent en elles la trace des heures de travail passées à les réaliser, et les toiles des longs temps de lissage et de séchage. Dans son attention au détail, le peintre marque le reflet différent d’une pièce usinée à froid ou moulée, d’un coup de masse, des tensions et des déformations des métaux sous l’effet du travail et du temps. Fonte, acier, cuivre, laiton, sont peints avec leurs densités différentes, leurs reflets variés, leurs couleurs aussi.
Car ces machines ont des couleurs. Certaines sont peintes, d’autres épousent celles que leur nature a donné : toutes captent la lumière dans leur masse. Acier et lumières. Mouvement aussi.

Gratitude enfin. Bénédicte sait remercier. Son professeur, Georges Faget-Bénard, qui préfère la patience de l’artisan au clinquant des effets faciles, et son ami Emmanuel Viellard, qui lui a ouvert les portes de ses usines.

A notre tour,

Merci Bénédicte, de nous proposer ton regard.

Philippe Petiet

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