Bénédicte PETIET

LA MACHINE AU CŒUR

 Saute aux yeux d’abord ce goût de la machine : rappeler à notre mémoire oublieuse ces objets industriels, que les technologies de la téléphonie et de l’informatique ont relégués dans un coin de la mémoire qui se recule chaque jour d’avantage, pour s’associer parfois inconsciemment à l’idée du lointain, dans le passé, ou dans l’espace. Ces machines sont nôtres, elles nous ont construits, elles ont façonné les hommes autant que les hommes les ont façonnées.

La technique de l’artiste capte leur présence à force de précision et de patience. D’abord esquissées dans leur masse de densités et de couleurs différentes, les peintures sortent du pinceau par longues et fines couches successives. Ces superpositions, qui ne sont jamais des sur épaisseurs, permettent à Bénédicte de saisir la particularité de chaque matériau, et de capter leur lumière.

Deux ans après une première exposition, Bénédicte PETIET prolonge sa démarche avec cette exposition « la machine au cœur » mais le regard non figé de l’artiste a évolué.

Le cadrage des peintures est encore plus systématiquement décalé, fragmentaire. Il ne s’agit pas d’observer la machine dans sa totalité, et de proposer à notre intelligence de reconstituer sa fonctionnalité, de reconstituer mentalement l’ingénierie qui a présidé à sa conception. Non. Bénédicte nous propose de les considérer en elles-mêmes ; il s’agit de leur donner une matérialité propre. Ces machines ne sont plus des outils destinés à une besogne, elles ont leur chair propre. D’outils, elles deviennent objets, ou, pour mieux le dire encore selon le vocabulaire traditionnel de la peinture, elles deviennent sujets.

Cette attention à la valeur intrinsèque de ces assemblages et de ces masses de métal compliqués se traduit par une mutation dans l’appréhension de la lumière. Au lieu de la refléter, comme autrefois les miroirs de métal poli, la machine l’absorbe, la capte, pour ne renvoyer que le reflet de sa propre épaisseur, l’écho de ce que le travail a inscrit dans sa chair. La peinture devient plus mate ; la lumière ne se contente plus d’effleurer ; le regard du peintre pénètre la machine jusques à son cœur.